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 Histoire du Café Philo

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bruno



Nombre de messages : 80
Date d'inscription : 20/06/2007

MessageSujet: Re: Histoire du Café Philo   Lun 25 Juin - 21:26

Le café philosophique
et
les « nouvelles pratiques philosophiques »


Le premier « café philo »

« être philosophe ne consiste pas simplement à cultiver
des pensées subtiles ou encore à fonder une école…cela
consiste plutôt à résoudre quelques-uns des problèmes de
l’existence, non pas de façon théorique, mais pratique. »
Henri David Thoreau


En 1992, Marc Sautet initiait le premier « café philo » au café « des Phares », place de la Bastille à Paris. A cette époque, nous étions, tout au plus, une quinzaine de participants. Aujourd’hui, chaque grande ville de France a son ou ses « cafés philos ». Le mouvement s’est depuis internationalisé et en 2002, le premier colloque international des « cafés philos » s’est tenu à Noisy-Le-Grand.
Les débuts furent, bien sûr contestés. Les universitaires rigoristes renvoyaient cette pratique aux discussions de comptoir, au café du commerce, pensant savoir à eux seuls ce que philosopher veut dire. Ils oubliaient que les débuts de la philosophie occidentale avait pour lieu l’Agora, pour auditoire le peuple et que, Socrate, pieds nus, n’hésitait pas à remettre en place les sophistes et les pédants qui ignoraient, qu’en réalité, ils ne savaient pas. Ils oubliaient aussi, par exemple, les cyniques tels que Antisthène, Diogène ou Crates, véritables clochards célestes qui faisaient de la philosophie, non pas une « sur inflation » intellectuelle et conceptuelle, mais une pratique capable d’améliorer l’individu.

La tradition de l’Agora

« Hâtons nous de rendre la philosophie populaire. »
Denis Diderot


La philosophie enseignée à l’ école est somme toute très récente, puisqu’elle prend véritablement ses sources pendant la scolastique au Moyen-Age. La philosophie populaire, et non populiste, exprimée par les « cafés philos » bénéficie d’une antériorité. Elle se fonde, en effet, sur une tradition de l’Agora qui prend certainement ses sources autour du feu central où se réunissaient les premiers hommes. Là, à l’abri des prédateurs et de l’hostilité du milieu, l’homme commença à se libérer de l’immédiateté animale, tout en développant les aires cérébrales du langage et de la réflexion. La circulation de la parole, la convivialité, la transmission du savoir, la recherche des solutions communes favorisèrent une « intelligence collective » indispensable au développement social et harmonieux de l’humanité.
Notre société moderne hyper-individualiste a trop souvent tendance à l’oublier, car elle isole les individus et favorise ainsi les comportements asociaux, la régression de la réflexion et les pathologies psychologiques.
C’est certainement autour de ce foyer central, que les hommes, les étoiles dans les yeux, commencèrent à se poser les premières questions métaphysiques.
Les cités se développèrent et le foyer central devint la place du village, puis le centre ville, la place publique où le commerce des denrées alimentaires et des objets côtoyait celui des idées. L’Agora, le Forum romain, la Place des bourgeois de l’hôtel de ville furent les lieux d’échanges et de rencontres restés célèbres, où les philosophes aimaient déambuler.

La tradition du café

« Rien n’a peut-être autant contribué à la mobilité intellectuelle
et à l’orientation internationale de l’Autrichien que cette facilité
qu’il avait de se repérer aussi complètement, au café, dans les
évènements mondiaux, tout en discutant dans un cercle d’amis.
Chaque jour nous y passions des heures et rien ne nous échappait. »
Stefan Zweig



Au 17ème siècle, l’empire ottoman exporta dans toute l’Europe, à partir de Vienne en Autriche l’idée d’un lieu où les hommes pouvaient se réunir et discuter autour d’un café ou d’un thé. Adapté à la culture occidental, le café turc allait devenir cet endroit où nous aimons nous réunir entre amis autour d’un verre.
Très vite, la tradition de l’Agora se déplaça de la place publique au café, situé généralement au centre de la cité. Philosophes, poètes, écrivains, intellectuels firent de ces nouveaux lieux leurs points de rencontre.
En 1686 le sicilien Francesco Protocopio installa rue des Fossés-Saint-Germain(aujourd’hui rue de l’ancienne comédie dans le quartier latin) le tout premier café à Paris, « le Procope ». Les philosophes Voltaire, Rousseau, Diderot le fréquentèrent comme d’autres intellectuels tels que, Beaumarchais, de la Fontaine, Balzac, Hugo, Verlaine et bien d’autres.
A Paris, autour des années 30, les poètes, peintres, écrivains et une partie du mouvement surréaliste investirent les cafés de Montparnasse.
Après la seconde guerre mondiale, toujours à Paris, les cafés du quartier Latin virent naître « l’Existentialisme » et tout le monde se souvient du « café de Flore » où le philosophe Jean Paul Sartre prenait l’habitude de discuter.
Les « cafés philos » ne sont donc pas une simple mode. Ils s’inscrivent dans une tradition qui n’est, certes, pas institutionnelle mais bien réelle.

Dialectique et art de la discussion

« Ce n’est que lorsque l’on a péniblement frotté les uns contre les autres
noms, définitions, perceptions de la vue et impressions des sens, quand
on a discuté dans des discussions bienveillantes où l’envie ne dicte ni les
questions, ni les réponses, que sur l’objet brille la Lumière de la Sagesse. »
Platon


A l’origine, la philosophie n’était pas séparée de l’art de la discussion. La philosophie scolaire s’est progressivement enfermée dans le cours didactique et dans l’histoire de la pensée, au point d’en oublier l’aspect convivial et ludique nécessaire à l’apprentissage et à la réflexion.
Coupée du dialogue et du débat, la philosophie est devenue, au yeux du public, une matière rébarbative et une préoccupation « d’intello » dans notre culture.
Avec la disparition de la discussion, les dialecticiens se sont absentés de la pensée. Discuter, c’est avant tout prendre le risque de la confrontation des idées indispensable à notre évolution. A toute thèse son antithèse et à toute hypothèse sa contre-hypothèse. C’est en acceptant la discussion et les idées contraires au nôtres que passons de la réaction à la réflexion. En opérant ce travail sur soi, nous ouvrons notre esprit, nous maîtrisons nos affects et nos émotions, nous canalisons notre énergie et nous développons un peu de cette « tranquillité intérieure » indispensable dans notre vie quotidienne.

Débat et démocratie

« l’homme est un animal politique. »
Aristote



Il ne serait pas faux de dire que les philosophes sont à l’origine de la démocratie. Le débat est au cœur de la démocratie et chaque citoyen devrait s’y consacrer. Une société, repliée sur elle-même, où le dialogue, la discussion et le débat ne sont plus possible ne peut que sombrer dans le totalitarisme. Aujourd’hui, les sociétés dites démocratiques ne sont pas nécessairement celles qui dialoguent le plus. Qu’elles soient religieuses, idéologiques, économiques, consuméristes ou technologiques les formes de totalitarisme qui menacent nos démocraties sont nombreuses. La prédation totalitaire isole d’abord ses proies avant de les chasser et les consommer. La démocratie est une pratique. Le dialogue, la discussion et le débat nous permettent de sortir de l’isolement, d’appréhender globalement la société et de nous responsabiliser.

Les « nouvelles pratiques philosophiques »

« La philosophie ancienne proposait à l’humanité un art de vivre.
Par contraste la philosophie moderne semble, plus que tout, la
construction d’un jargon technique réservé à des spécialistes. »
Pierre Hadot

Le « café philosophique » fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui les « nouvelles pratiques philosophiques ». Ces « pratiques » existent depuis longtemps aux État-Unis, au Canada et dans certains pays européens. Elles s’inspirent, entre autres, de philosophes comme John Dewey ou M.Lipman. Célèbre « pragmaticien » et pédagogue, John Dewey pensait qu’il était nécessaire de construire, tout d’abord et très tôt, les bases du raisonnement philosophique chez les jeunes élèves. M.Lipman est connu pour son adaptation pédagogique de la philosophie aux enfants.
Si la philosophie scolaire fonde sa pédagogie sur l’histoire de la pensée, le philosophe-praticien aide tout d’abord l’individu à structurer son esprit, à développer et à utiliser correctement les capacités de son raisonnement, afin de lui permettre de réfléchir par lui-même. L’enseignement de la philosophie en terminale met en « la charrue avant les bœufs », car l’enseignement des grands auteurs ne peut s’établir, que sur des bases solides et dans une véritable liberté d’esprit.
Actuellement, les « nouvelles pratiques philosophiques » se développent, malgré les résistances, dans tous les secteurs de l’éducation populaire. Elles se développent également dans l’Éducation Nationale bien avant la terminale générale, dans des classes qui n’ont normalement pas vocation à faire de la philosophie.

Le cabinet de consultation philosophique

« Contre les maladies de l’esprit, l’on propose la philosophie comme
remède; elle est à cet égard justement appelée la Médecine de l’esprit. »
Épicure


La philosophie se libère, peu à peu, des institutions qui ont parfois tendance à l’étouffer. Il est clair que certains individus entreprennent de longues années de psychothérapie, alors qu’ils devraient simplement consulter un philosophe. Sous l’influence, entre autres, de Gerd Achenbach en Europe et de Lou Marinoff aux États-Unis, les cabinets de consultation philosophique commencent tout doucement à se frayer un chemin jusqu’en France. Plutôt que de s’enfermer dans une écoute trop bienveillante des affects de la personne qui consulte, le philosophe-praticien l’aidera, par un travail rigoureux, à clarifier et à construire correctement son raisonnement, tout en contredisant certaines visions du monde qui doivent nécessairement s’assouplir.
A travers le cabinet de consultation, le philosophe retrouve ici le rôle de conseiller, tout en aidant celui qui consulte à trouver la solution par lui-même.
Le philosophe-praticien réaffirme la philosophie en tant que « praxis », telle que les grecs l’enseignaient.

Bruno Magret
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