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 Pourquoi perdons-nous notre libre arbitre ?

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jacquesb



Nombre de messages : 19
Date d'inscription : 20/01/2008

MessageSujet: Pourquoi perdons-nous notre libre arbitre ?   Ven 8 Fév - 17:31

Le sujet du débat du 3 février 2013 était inspiré par l'expérience de Milgram, qui consistait à demander à une personne d'infliger des chocs électriques à une autre personne pour tester ses capacités d'apprentissage, mais en réalité il n'y avait pas de chocs électriques et l'autre personne simulait la douleur.

Un des participants a affirmé que les médias avaient déformé les résultats et qu'en réalité la plupart des gens ont refusé de participer à cette expérience.

J'ai voulu vérifier et pour cela j'ai lu le livre de Milgram "Soumission à l'autorité".

Ce que j'en ai conclu d'après ce que j'ai compris du livre est que même si, selon Milgram, les médias auraient exagéré les choses en parlant de torture, même si plusieurs conditions doivent être réunies pour obtenir l'obéissance, même si ce n'est pas comparable aux crimes de guerre car les sujets étaient convaincus qu'il n'y avait pas de risque pour la vie de l'élève, le principal résultat de l'expérience reste valable : si les conditions nécessaires sont réunies, une majorité de personnes accepte de faire souffrir quelqu'un par obéissance à une autorité reconnue, ce qui reste quand même quelque chose de grave.

Voici plus en détail ce que j'ai retenu du livre "Soumission à l'autorité" :

Dans la préface à la deuxième édition française de "Soumission à l'autorité" (p 11), Milgram critique certaines "distorsions" de la grande presse, mais ces critiques concernent uniquement la qualification de torture utilisée par la presse, et non pas les résultats de l'expérience. Pour Milgram, le terme de torture "sous-entend l'idée d'infliger un châtiment par simple cruauté, pour provoquer autant de souffrance que possible à la victime". Personnellement je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette définition. Il y a probablement certains tortionnaires qui prennent plaisir à torturer mais je pense qu'il peut aussi y en avoir que cela répugne mais qui le font par nécessité, par exemple pour obtenir des renseignement qui pourraient permettre de sauver des vies. Il me semble qu'en un sens l'expérience de Milgram (telle qu'elle est présentée au sujet) se rapproche de la torture : il s'agit d'obtenir des informations importantes (une meilleure connaissance du processus d'apprentissage) au moyen de la souffrance physique.

Dans le chapitre premier (p 21) Milgram indique qu'aucun des participants n'a eu le réflexe de refuser d'administrer un choc électrique et de s'en aller. Cependant, le tableau III p 81 indique que dans le cas de l'expérience 10, qui avait lieu dans un immeuble de bureaux au lieu de l'université, 2 sujets ont refusé d'administrer le moindre choc. Dans toutes les autres expériences, tous les sujets sont montés au moins jusqu'à 90 volts.
En additionnant le nombre de participants des 19 expériences on arrive à 636 personnes. Milgram indique dans le chapitre II p 33 qu'il a obtenu 296 réponses à son annonce (qui ne mentionne pas que l'expérience consiste à administrer des décharges électriques) et qu'il a envoyé des lettres d'invitations à plusieurs milliers de personnes et que 12% environ ont répondu. Il y aurait donc 636 - 296 personnes soit 340 personnes recrutées par courrier, ce qui ferait 340 x 100 / 12 = 2833 personnes contactées par courrier, ce qui est cohérent avec "plusieurs milliers de personnes". Donc, si j'ai bien compris, 296 personnes ont répondu à l'annonces, environ 2833 personnes ont été contactées par courrier, environ 12% de ces personnes soit 340 personnes ont répondu, ce qui fait au total 636 personnes qui ont été réparties en 19 groupes pour les 19 expériences : 13 groupes de 40, 5 groupes de 20 et 1 groupe de 16. Aucune de ces 636 personnes n'a refusé de participer à l'expérience une fois celle-ci expliquée, et seules 2 personnes ont refusé d'administrer le moindre choc.

Le livre décrit les réticences et la nervosité des sujets ce qui indique qu'ils pensaient que les chocs électriques étaient réels. Certains sujets ont même eu du mal à croire que les chocs étaient fictifs quand l'expérimentateur le leur a dit. Milgram réfute lui-même l'idée selon laquelle les sujets ne croieraient pas administrer des chocs douloureux, chapitre XIV p 211.

Il est vrai que les résultats varient beaucoup entre les différentes expériences, mais ces variations ne contredisent pas le résultat principal de l'expérience qui est qu'une majorité de personnes accepte de faire souffrir autrui par obéissance à une autorité, ces variations montrent que pour que cette obéissance ait lieu pour une majorité de personnes, un certain nombre de conditions doivent être satisfaites : éloignement de la personne à qui le sujet inflige une souffrance, proximité du représentant de l'autorité, autorité reconnue. Si certaines de ces conditions ne sont pas satisfaites le pourcentage d'obéissance baisse. Certains facteurs peuvent s'opposer à l'autorité : contradiction interne à l'autorité (expérience 15), désobéissance de personnes placées dans la même situation (expérience 17).
Dans certaines expériences la baisse du taux d'obéissance confirme en fait l'importance de l'obéissance, par exemple dans l'expérience 9 où l'élève disait "j'accepte, mais à la condition expresse que vous me laisserez partir si je vous le demande" le sujet était tiraillé entre 2 obéissances, l'obéissance à l'expérimentateur et l'obéissance aux conditions posées au départ par l'élève.
L'expérience 11 où le sujet choisit le niveau du choc montre que c'est bien par obéissance et non par pulsion sadique que les sujets inflige des chocs de tension élevée.

Différentes sources sur internet indiquent que des reproductions de cette expérience ont validé les résultats obtenus par Milgram.

Toutes les informations dont je disposent m'incitent donc à croire au résultat principal de ces expériences : la majorité des gens sont capable de faire souffrir d'autres personnes par obéissance à une autorité, si certaines conditions sont réunies.

Je comprends qu'on puisse avoir du mal à croire en un fait aussi dérangeant. Ca pourrait être interprété dans le sens d'une diminution de la responsabilité des exécutants qui ont participé à des crimes de guerre. Mais il y a quand même une différence importante : je pense que la plupart des sujets étaient convaincus que les chocs ne pouvaient pas tuer l'élève. L'expérimentateur disait que "même si les chocs sont extrêmement douloureux, ils ne risquent pas de provoquer de lésion permanente". Je pense que pour la plupart des sujets il était inimaginable qu'une université américaine fasse une expérience qui risque de tuer des participants. De même pour l'émission de télévision "Le jeu de la mort" dont le titre est trompeur. Mais il n'en reste pas moins que le fait que la plupart des gens sont capable d'infliger des souffrances physiques par obéissance à une autorité est quand même quelque chose de grave. Les expériences de Milgram mettent en évidence un mécanisme qui pourrait peut-être aussi intervenir dans les crimes de guerre, mais pour en être sûr il faudrait faire d'autres expériences dans lesquelles le sujet penserait que l'élève risquerait de mourir.
S'il s'avérait que la plupart des gens placés dans la situation d'exécutants de crimes de guerre obéiraient, est-ce que ça impliquerait qu'il ne faut pas les punir ? On peut aussi considérer que la gravité du crime n'est pas diminuée par le pourcentage de personnes qui placées dans les mêmes circonstances le commettraient. La question est de savoir qu'est-ce qu'on juge, l'acte ou la personne. Si on considère qu'on juge la personne, on ne voit pas très bien au nom de quoi on punirait quelqu'un qui a fait ce que la plupart des gens feraient dans les mêmes circonstances. Mais si on considère qu'on juge non pas les personnes mais les actes en punissant les personnes qui commettent les actes qu'on veut éviter, dans ce cas peu importe si la plupart des gens auraient fait la même chose. Il faut se mettre dans la peau d'une personne placée dans cette situation. Si cette personne pense "je ne fais qu'obéir aux ordres, comme la plupart des gens, donc je ne pourrai pas être puni pour ce que je fais" ça l'incitera à obéir, mais si elle pense "un jour je serai peut-être jugé et puni pour mes actes" ça pourrait l'inciter à désobéir à des ordres immoraux.

Jacques B.
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