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 Historique et méthode de notre Café Philo (3ème partie)

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bruno



Nombre de messages : 80
Date d'inscription : 20/06/2007

MessageSujet: Historique et méthode de notre Café Philo (3ème partie)   Mer 29 Aoû - 18:42

III La « problématisation » ou la » problémation »

1) L’art de poser un problème


La «Problématisation » est l’art de bien poser un problème ou un ensemble cohérent de problèmes. Ce terme absent du dictionnaire, y compris philosophique est un substantif qui a été forgé par les
philosophes-praticiens.

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Toutefois, il y a lieu de signaler que dans l’ouvrage « Le penser efficace » écrit conjointement par le Pr Bize, P.Goguelin et R.Carpentier aux éditions SEDES, c’est le concept de « problémation » qui est utilisé.
Un problème, dans son « essence », n’est ni positif, ni négatif. Un jugement ne se porte que sur le plan relatif et contingent. Il est dans la nature de la vie de susciter chez nous des problèmes. Ces problèmes nous poussent à nous interroger et à transcender les apparences phénoménales.
Lorsqu’une situation problématique surgit, elle provoque l’étonnement. Philosopher, c’est d’abord s’étonner. Dans l’étonnement, nous suspendons notre jugement et nous arrêtons notre dialogue intérieur. L’esprit s’ouvre, l’interrogation surgit et la curiosité nous met en prise avec le désir de connaissance. Sans cet étonnement et l’interrogation qu’il suscite, nous ne pourrions pas nous intéresser aux autres et à nous-même. Nous n’aurions pas pu progresser sur la plan scientifique. Nous ne pourrions même pas aimer.
Le corps n’étant pas séparé de l’esprit, il est important dans cette étape de la « problématisation » de se replacer dans l’état d’esprit vital qui nous permettra de mobiliser toutes nos ressources latentes. Il est bon de retrouver l’état d’interrogation de l’enfant qui est en nous. L’enfant ne s’interroge jamais gratuitement. L’interrogation lui est nécessaire à sa construction physique et psychologique.
La « Problématisation » devient un art de vivre, lorsque nous dépassons l’interrogation liée aux besoins premiers, pour nous diriger vers la contemplation de la « beauté » du problème ou de « l’énigme » de la vie elle-même. Cet art de vivre s’opère par la contemplation et le dépassement de la beauté physique et intellectuelle, pour se subtiliser et se sublimer dans celle de la « noblesse » de « l’âme ».
L’étonnement nous ramène tout d’abord à interroger la réalité. Il met en éveil les sens et il débouche sur une interrogation qui n’est pas encore formulée intellectuellement. Cette interrogation étant liée à une problématique vitale, c’est tout l’être qui s’interroge et non pas seulement la pure dimension intellectuelle de l’individu. L’étonnement entraîne un travail sur l’attention et l’observation. Être attentif et savoir observer sont les qualités indispensables à la résolution des problèmes, à la prise de conscience, voire, à l’éveil spirituel. Savoir observer est un art.
Voici une petite histoire que j’aime à raconter :
« Un jour, un très beau et très gros diamant tomba dans un lac peu profond. Lorsque les gens en furent informés, tous se jetèrent à l’eau. Le lac fut malheureusement troublé, par la foule qui s’agitait. La vase fut remuée, la boue remonta à la surface du lac et le diamant disparut au regard de tous. Un sage qui passait par là se mit à rire. Les gens le regardèrent et lui demandèrent pourquoi il se moquait d’eux. Le sage répondit :
- Sortez de l’eau et regardez simplement !
Tout le monde se pressa sur le bord du lac et la foule se calma, attentive. La boue et la vase redescendirent au fond du lac. L’eau redevint claire, limpide et le diamant apparût de lui-même. Ce jour là, le sage avait appris à tous à poser correctement un problème ».
La plupart du temps, nous sommes agités par les difficultés. Celles-ci suscitent des mouvements affectifs, émotifs et des souvenirs personnels qui parasitent notre réflexion et troublent nos capacités à entrer en méditation. Il nous faut

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donc suspendre notre dialogue intérieur, pour nous plonger dans un silence qui nous permet de voir clairement la situation. La suspension du jugement est à la base de la « Problématisation ». Il ne s’agit pas ici de ne pas avoir de sentiments ou d’émotion, mais de se garder des affects égocentriques, suscités par les a-priori, constitués par notre histoire personnelle et les conditionnements qui y sont liés.
Entraînés par le courant des émotions que provoque la situation confuse, bien souvent, nous roulons la tête dans le guidon, quand nous ne sommes pas emportés par les affres de notre avidité et de notre vanité.
Il faut savoir s’arrêter pour regarder et observer les faits, sans rien projeter de personnel sur la situation. Il faut donc conserver notre lucidité et récolter les données du problème jusqu’au moindre détail, car c’est souvent dans ce dernier que se cache la solution.

2) Réapprendre à s’interroger et travailler la question

L’interrogation qui surgit est brute. Elle n’est pas encore formulée. C’est ce que j’appelle le « nœud problématique ». Ce dernier est lié à nos angoisses les plus profondes. Cette angoisse est là pour nous faire avancer, mais elle nous paralyse le plus souvent. Lorsqu’une situation confuse se déclare, il nous faut l’accepter, même si celle-ci remet en cause l’équilibre sur lequel nous nous reposons, tout en générant une angoisse qui nous plonge dans l’insécurité. Généralement, nous n’avons pas envie d’y faire face et nous préférons l’illusion d’une sécurité antérieure qui n’existe déjà plus. Nous sommes alors coupés en deux : d’un côté, l’instinct de conservation a ses exigences et tente de faire affleurer l’interrogation à la surface de la conscience et de l‘autre, nous déployons des stratégies d’évitements et masquons la question initiale par le divertissement…
En réalité, un problème dévoile sa solution au moment opportun et notre chance passe rarement deux fois.
Quand vient le moment de la « problématisation », certains ont du mal à faire une différence entre l’affirmation et l’interrogation. Il leur est difficile de se placer dans un état d’interrogation. Ils nous gratifient mécaniquement de leur affirmation sans s’en apercevoir.
Le problème vient de notre éducation. Pour masquer leur impuissance, papa et maman nous ont toujours fourni des réponses. Ces dernières ne leur servaient, bien souvent, qu’à avoir la paix devant l’interrogation incessante de l’enfant. L’école n’est pas en reste, elle est parfois la grande pourvoyeuse de réponses toutes faites, qu’il nous a fallu absorber par cœur. Par la suite, les religions, les idéologies, le scientisme, les systèmes politiques et médiatiques nous ont emprisonnés dans un réseau de réponses toutes faites et notre esprit grégaire a fait le reste.
En fait, personne ne nous a appris à nous interroger, à développer notre esprit critique et à réfléchir par nous-même. Nous avons été habitués à fournir des réponses en toute occasion. Nous sommes nés dans le culte de l’opinion.
C’est pourquoi la « problématisation » est un stade important dans notre travail qui comporte deux aspects : interroger les participants et s’interroger soi-même.

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Interroger les participants concerne davantage l’animateur et son art de la maïeutique.
S’interroger soi-même concerne les participants encore que les deux aspects ne soient pas tellement séparables.
C’est en cela qu’au début du débat un participants propose un thème et soumet à l’assemblée toutes les questions qu’il se pose par rapport au problème qu’il soulève. Nous lui demandons d’en délimiter la recherche et les enjeux. La pronominalisation permet de circonscrire le problème, de mettre à jour le « nœud problématique » et de le formuler dans un langage clair. Il s’agit ensuite de l’aider à poser la bonne question qui résumera toute sa problématique.
Il arrive fréquemment que l’individu pose une question déjà construite, mais que celle-ci ne reflète en rien la problématique qui l‘agite. Certains se posent même de fausses questions pour éviter de regarder leur problèmes en face. Certains posent même des questions suggestives, faites pour obtenir les réponses qui les confortent dans leur opinions, ils tentent alors par de procédé de préserver les habitudes et les a-priori qui le rassurent.
Il est faut toujours retravailler la question.
Ce travail sur le questionnement fait parti du débat, car toutes les questions proposées par les participants sont discutées par le groupe. Au final, le participant qui a proposé le thème de réflexion choisit parmi toutes les questions qui lui sont proposées celle qui reflète le mieux son interrogation.
La plupart des gens pensent que le philosophe se pose des questions sans intérêts et use une énergie considérable pour rien. Bien au contraire, la pratique du questionnement vise l’habilité et l’économie d’énergie, par la précision et la circonscription du problème. C’est à force de pratiquer que l’individu développe l’art de bien poser un problème.
Lorsque la problématique est posée correctement, la réponse est déjà suggérée par le problème, comme une serrure qui indique le type de clé nécessaire à son ouverture. Le Philosophe-Praticien est une sorte d’artisan de la philosophie. Il forge ses outils, et en ce qui concerne la « problématisation », des questions capables de diriger correctement l’enquête philosophique.
De la manière dont est établit la proposition interrogative, dépend la direction que cette enquête va prendre. Chaque mot, chaque concept pèse sur cette direction et il est important de les vérifier soigneusement. Le type de question utilisé est également crucial. La question est-elle ouverte, fermée, alternative, suggestive…, car celle-ci va également entraîner un effet sur le débat et provoquer le type de discussion voulue, spéculatif, dialectique, délibératif…
Lorsque la question est correctement posée, la réponse est déjà contenue dans la question. Ce résultat est bien sûr très rare et demande beaucoup de travail, mais c’est un objectif vers lequel il faut tendre.

IV L’analyse du problème

1) Apprendre à formuler des hypothèses et non des vérités

Lorsque l’étape de la « problématisation » a été accomplie et que la question a été travaillée par le groupe et acceptée par celle ou celui qui a lancé le sujet,

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nous entrons alors dans l’analyse proprement dite.
Il n’y a pas de vérité toute faite. Chaque participant est appelé à remettre ses certitudes en question.
Nous avons le choix entre être le jouet de notre pensée ou en être le maître.
Dans le débat, ce n’est pas la pensée qui nous domine, parce qu‘elle devient. une matière brute, que nous pouvons construire et déconstruire pour servir l’enquête philosophique.
Dans le cas où la pensée nous domine, nos idées deviennent un enjeu qu’il nous faut imposer aux autres. Nous nous identifions tellement à nos pensées, que si quelqu’un vient à les contredire, nous nous sentons atteints dans notre « être » même.
A l’inverse, lorsque les pensées ne sont que des hypothèses de travail, il n’y a plus d’enjeu personnel. Nous acceptons facilement que ces pensées soient contredites. Par ailleurs, nous pouvons formuler des thèses complètement contraires à ce que nous pensons d’habitude, pour les expérimenter et voir où celles-ci nous entraînent. Philosopher, c’est aussi être capable de penser l’impensable pour s’arracher à nos routines intellectuelles et nous dépasser. Le débat devient alors ludique et le monde guerrier des idéologies s’efface devant un champ d’expérimentation, où l’on joue avec la pensée sans s’attacher à elle.
Pendant cette phase d‘analyse, la première difficulté, c’est l’écoute. Nous nous concentrons uniquement sur ce que nous voulons dire et nous sommes tellement impatients de prendre la parole, que nous oublions d’écouter. L’animateur se retrouve alors avec une profusion d’hypothèses, sans lien les unes avec les autres.
Une enquête philosophique n’est pas dans son principe différente d’une enquête scientifique. N’est-ce pas la philosophie, à travers Bacon ou Descartes, entres autres, qui a donné aux sciences, dites exactes, leur méthode de recherche et d’expérimentation ? Il ne sert à rien de produire une multitude d’hypothèses, car elle ne peuvent pas toutes être traitées jusqu’au bout. Dans un débat une, deux, voire trois hypothèses suffisent. Les participants doivent apprendre à se concentrer sur ce qui est dit, soit pour approfondir les hypothèses déjà proposées soit pour fournir des contre-hypothèses. Cette contrainte a l’avantage de nous pousser à nous écouter et être capables de répondre aux thèses qui nous sont proposées.
Le concept d’enquête est ici important. Un enquête est une investigation et chaque piste doit être suivie jusqu’au bout.
Les processus du raisonnement mis en place dans l’enquête philosophique sont aussi bien causaux, dialectiques, analogiques, qu’anagogiques… Il n’y a pas de tabous, d’aucune sorte, dans la formulation des hypothèses et les hypothèses les plus spiritualistes sont donc possibles. Nous ne sommes pas des scientistes et des matérialistes qui excluent de leurs recherches les hypothèses les plus dérangeantes, sous le prétexte fallacieux qu’elles encourageraient la superstition ou la religiosité. Nous prenons les hypothèses pour ce qu’elles sont, de simples hypothèses de travail. Par contre, nous ne dérogeons pas à la « raison » et nous demandons aux participants d’accepter de confronter leurs hypothèses à l’esprit critique des autres et aux règles de la « logique » en accord avec la réalité.
Nous ne sommes pas non plus des pseudos spiritualistes de bazar, négligeant la réalité et les faits qui sont pourtant têtus. Toutefois, le réalisme dogmatique

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est un point de vue qui doit être contredit. Spiritualisme, idéalisme, matérialisme et réalisme sont les deux côtés d’une même pièce, dont il est nécessaire d’en dépasser les deux faces.
Le problème n’est pas en soi la rationalité ou l’irrationalité. La « logique » n’est pas nécessairement du côté de la raison humaine, car nous pourrions aussi bien décréter, que celle-ci est complètement folle. Être « logique », c’est être rationnel dans le cadre de la réalité et être capable d’irrationalité dans les plans qui dépassent la rationalité, sans confondre ces deux aspects du « réel ».
Il faut donc garder les pieds sur terre et… avoir la tête dans les étoiles !
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