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 La misère est-elle facteur de révolte ou de servitude ?

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Pascal
Invité



MessageSujet: La misère est-elle facteur de révolte ou de servitude ?   Jeu 10 Juin - 21:22

A l' évidence, l' acceptation de la servitude, de l' asservissement, de l' assujettissement et, aujourd' hui, de cette relégation implicite nommée "exclusion" révèle le peu de cas que l' être humain porte à lui-même et ce, aussi loin que l' on remonte dans l' histoire de l' homme.

Considérons ce mot "exclusion" : il parle de lui-même; malgré sa violence, ce mot n' en est pas moins un euphémisme.
En effet, qui donc, dans la société est exclu de la société ? Est-ce même possible ? S ' agit-il vraiment d' exclusion ?
Ou bien s' agit-il de maltraitance ? Une maltraitance dissimulée, parce qu' institutionnalisée, parce que légale, parce que "systémique" !!?

L' homme ne se considère-t-il pas comme élément d' un système, un système qui gère, évalue et sanctionne "ce que l' on pense" et "ce que l' on fait" ? Et ça, c' est une misère, une gigantesque misère; peu importe la position, le statut de tel ou tel homme dans le système, c' est toujours une misère pour l' humanité.

L' acceptation de l' obéïssance à l' autorité, cette autorité qui définit ce qui est bien et bon pour le système (la coercition systémique), est une misère qui entraine d' énormes souffrances, des destructions et aujourd' hui des pollutions (une destruction quasi-irréversible à l' échelle de la durée de vie humaine voire d' une civilisation ...).

Bref, une vie sous le signe du chantage et de la coercition : je t' apporte protection et moyens de survie - selon ton rang (évidemment !) - et tu me concèdes ton obéïssance et tu m' offres tes enfants ...

Parce que, moi, l' autorité, je ne cesse de te répéter, répéter et répéter que toi, homme, tu es "imparfait", que "la vie est lutte et combat" ("une compétition" par euphémisme).
D' ailleurs, tu peux le constater toi-même, je n' ai pas besoin de forcer pour te convaincre ...
Pour ce faire, te protéger, je t' apporte et t' inculque des "valeurs", t' apporte des symboles auprès desquels tu te recueilleras : tu pourras ainsi te justifier face aux questions de tes enfants tout en leur transmettant "la bonne parole" : nous en ferons des soldats (de l' état, de l' entreprise, de la communauté, de la foi etc) ... tout mon discours, mes lois, tes droits et tes devoirs sont imprégnés, imbibés de ces valeurs ...

... mais je ne te dis pas et même te cache (peut-être même que je l' ignore, étant moi-même un disciple de disciples etc) que c' est mon discours répété de génération en génération et non pas ta soi-disant imperfection qui t' entraine dans le désordre, la violence, la maltraitance ...
et la docilité et cette conviction si bien incrustée en moi et en toi que, moi, autorité systémique, je suis indispensable pour garantir ta survie (que j' appelle "vie" car, étant convaincu, je ne fais pas la différence entre "vivre" et "survivre");
je suis indispensable, le système est indispensable, la lutte est indispensable : je fais tout ce qui est en mon pouvoir - consciemment ou non - pour perpétuer la conviction de cette "indispensabilité".

La docilité est une grande misère parce qu' elle étouffe la révolte contre l' esprit de système; autrement dit elle étouffe la liberté, la liberté de l' observation sans préjugé ni jugement, une observation simple, non encadrée par un système de "valeurs" : l' appréhension de "ce qui est" tel qu' il est.
Cette docilité est certainement le mur le plus épais et le plus solide qui bloque la parole et empêche cette action libre par excellence : s' éduquer soi-même ...
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Nader



Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 03/08/2008

MessageSujet: La misère est-elle facteur de révolte ou de servitude ?   Lun 19 Avr - 21:20

Dimanche 18 avril 2010

Café le Bastille, aujourd’hui le café philo est animé par Bruno MAGRET. Il est retranscrit par janine LAURENT. Signalez-moi les erreurs. ( janine.zinat@gmail.com)





Le sujet traité a été proposé par Joëlle :

La misère est-elle facteur de révolte ou de servitude ?



Introduction de Joëlle

Avec la crise, beaucoup de gens sont poussés en dehors du monde du travail mais avec un écran plat et des jeux, ils se tiennent tranquilles. Auraient-ils perdu le pouvoir de se mobiliser ?

Jacques :

J’ai compris qu’il fallait comprendre « pauvreté » par misère, mais qu’en est-il de servitude ? de révolte ?

Dimitri :

Serions-nous pauvres en revendications ?

Joëlle :

Les actions violentes sont souvent associées à une incapacité de s’exprimer par le langage.

Bruno :

Et pourquoi facteurs ?

Joëlle :

Plutôt que causes.

Jacques :

Il y a révolte dans beaucoup de pays où la misère et la faim existent vraiment comme au Brésil (les paysans sans terre) ou en Chine mais ce n’est plus le cas en France.

Jean :

Sous l’apparente simplicité du problème, il y a une complexité cachée derrière les mots. De tous temps la misère a été un facteur de révolte ou de servitude mais elle n’a jamais été traitée de la même façon. Dans un contexte large, on pourrait affirmer qu’il y a une misère plurielle : c’est parfois la faim, l’absence de travail, l’absence de logement, mais pourquoi n’est-elle pas toujous facteur de révolte ? Il se pourrait qu’en France, depuis 1968, il n’y ait plus de culture de la révolte.

Bruno :

Ne confondons pas les questions avec les réponses, « il ne faut pas que les questions soient refoulées par les réponses » comme l’a dit Michel Mayer.

Jean :

La façon dont la misère est traitée rend la révolte difficile, les gens sont écrasés par les médias qui envahissent l’espace de la société civile, ils ne se mobilisent plus.

Une jeune fille :

C’est l’injustice qui révolte, contre qui peut-on se révolter ?

Michel :

N’y a-t-il pas une misère de globalisation qui maintient chacun dans un brouillard de virtualité ? Si le deuxième millénaire est virtuel, que restera-t-il de la vie ? ne sera-t-elle pas totalement confisquée ?









Bruno :

Marx a bien expliqué ce qu’est l’esclavage moderne : On vit pour travailler et on ne voit même plus que l’on est esclave. Progressivement, le monde virtuel asservit les consciences et c’est peut être celà le nouveau tournant de l’histoire.

Antoine :

Toutes les misères ne conduisent pas automatiquement à la révolte, contre qui ? les gens acceptent facilement leur sort, n’est-ce pas plutôt l’espoir d’une solution qui manque ? « Travaillez plus pour gagner plus ! »

Bruno :

Les grandes idéologies façonnées par le socialisme et le marxisme semblent totalement essoufflées et les alternatives aux économies mondiales ne sont peut-être pas assez relayées

par les médias.

Farid :

Abandonner le social au profit du sociétal permet de négliger bien des problèmes réels, c’est ce que Jacques Juliard appelle « La nouvelle trahison des clercs »(cf. « Analyse de la deuxième gauche ») .Les bobos auraient renoncé à changer la vie.

Dimitri :

Il y a dans notre problème une sorte de fausse règle de trois ; La misère entraîne la révolte ou entraîne la servitude. Mais si la richesse est là, n’entraîne-t-elle pas elle aussi la servitude ? Quelqu’un de très cultivé possède de ce fait une très grande richesse, mais peut-il encore s’accorder le luxe de douter ou d’être serein ? Comment faire pour se sentir pleinement vivre ? Se libérer de son savoir et de sa fortune ? Foucault dit que les aristocrates se distinguent du vulgaire par leur sang bleu et les bourgeois du peuple par le savoir.

Annette ::

La pauvreté est comme la servitude car toutes les deux constituent un état de dépendance contre lequel on ne peut que subir ou rester passif, les causes étant diverses, que ferait la révolte ? et avec qui se révolter ? Les gens semblent de plus en plus isolés, les grèves de plus en plus tristes et accablées, d’ailleurs la classe ouvrière a disparu…

Joêlle :

La peur règne dans toutes les classes et fait tout accepter. Engels a bien fait comprendre ce qu’est le lumpen proletariat.

Maryse :

L’économie n’est riche que par ce que les richesses circulent. On peut se retrouver pauvre du jour au lendemain malgré sa richesse.

Bruno :

Les richesses hélas se dissimulent derrière des flux opaques, elles circulent mais ne sont pas redistribuées.

Maryse :

Il s’agit d’une captation et non d’une véritable circulation. L’isolement ou la solitude est aussi un empêchement à la libre circulation des richesses.

Un barbu à lunettes :

Les nouvelles technologies produisent du rêve qui produit de l’espoir et on croit avoir tout sous la main mais c’est en tant qu’individu globaliste et non en tant qu’homme libre.

Nader :

Il faudrait reposer la question dans les pays développés car depuis les années 80 avec un système ultra-libéral initié d’abord par Reagan et repris par Thatcher qui insiste sur une croissance de 1 ou trois pour cents, peu importe que le fossé se creuse entre les riches et les pauvresse, avec des réformes sociales minimes on peut éviter les emeutes.

Parallèlement à partir des années 1970 l’émergence des cadres et des PDG qui sont en connivence avec l’Etat ont joué un rôle important dans la dissuasion des emeutes et ils ont sécurisé tous les problèmes sociaux.

Bruno :

Le R.M.I., cette aumone sociale, calme beaucoup de velléités de révoltes. Aujourd’hui, on appelle rarement à la révolte, les experts s’entremettent partout pour l’étouffer. On ne sait plus contre qui se révolter mais on sait où trouver l’argent. L’esclavage moderne est l’un des plus terribles, c’est un esclavage mental (cf. « Matrix »). On n’a même plus le temps d’éduquer ses enfants, on devient grégaire mais égoïste car conditionné par la fatigue ou l’absence de dignité : Les jeux et le cirque trouvent toujours leur public mais le suicide deviendra la première cause de mortalité mondiale ! La classe moyenne sert de tampon entre les pauvres et les riches, elle attièdit les conflits latents, la trahison de la gauche est manifeste.

Thérèse :

La misère a toujours existé, moi, j’ai commencé à travaillé à 10 ans et demi, le plus dur était de transporter les seaux d’eau tirés du puits. Aujourd’hui je m’en sors mais les jeunesd’aujourd’hui qui se retrouvent au chomage on se demande comment ils vont pouvoir faire et que vont devenir tous ces cerveaux violés par la télévision.

Jacques :

Il y a toujours eu des pauvres et des riches, la révolte n’est pas nécessaire puisqu’on est ensemble et qu’on y est bien en tant qu’individu. Y a-t-il une révolte qui ait mené à autre chose qu’à un changement de régime ?

Bruno :

Même sous la révolution française ?

Jacques :

Je parle de la révolte, non de la révolution. La misére extrême est la servitude mais il y a aussi des révoltes sources de servitude.

Michel :

Les nobles ont accordé aux paysans le droit de chasser pour les calmer. A-ton encore besoin de manipuler les bases ? Mieux vaudrait manipuler le capital, ce qui est une sorte de révolution mais il y a toujours un tiers exclu…..Les médias aussi offrent des débouchés !

Bruno :

Les théories néo-libérales de Malthus, Darwin, Spencer, Alexis Carrel, ont été mises en application par les nazis. La vraie raison de l’absence de révolte, c’est qu’on ne peut plus dire qu’on n’a rien à perdre, on recevra toujours une aumone. S’il y avait une révolte cela donnerait une guerre civile immense

Marc :

La première révolte a faire est contre soi-même, contre sa famille ce n’est pas assez. J’aurais pu rester comptable mais je me trouvais alors misérable, une misère que j’avais créée moi-même……





Bruno :

Il y a des gens très misérables victimes de l’injustice. Jésus a été crucifié après avoir chassé les marchands du temple. J’ai vu autour de moi des personnes décidées à s’en sortir mais trop écrasées par les taxes, elles n’ont pas pu continuer. Les paysans ne peuvent même plus vendre leurs produits autrement qu’à perte. Est-ce juste ?

Dimitri :

Le nazisme n’est pas le seul coupable, c’est le facisme européen. Les Etats-Unis appliquaient déjà l’eugénisme dans les années vingt. « Les justes » de Camus, c’est l’histoire d’ une révolte, mais il y est dit « mon orgueil ne regarde que moi ! »

Nous nous sommes noyés dans l’hypocrisie et dans la confusion de la consommation.

Evelyne :

Il faudrait regarder le film « La question humaine », on y voit un psychologue embauché pour éliminer les éléments les plus faibles de l’entreprise.

Bruno :

Dans l’élimination des personnes que devient l’homme si ce n’est le « on » Heideggerien ? L’homme a-t-il besoin d’une autorité morale au dessus de lui ? Tout est permis, tout a déjà était essayé, cependant il faut se battre seul et de façon souterraine.

André :

Le film « La question humaine » est très beau et très subtil. Le directeur des ressources humaines est un chef-d’œuvre d’hypocrisie, mais il y a une ambiguité dans l’intention générale, Le rapprochement avec la question juive ne me plaît pas.

Jean :

Nous ne sommes pas assez pauvres pour que le peuple se révolte. La société est verrouillée par les médias. Il faut avoir conscience de sa relation avec les autres pour établir une dynamique d’action.

Philippe :

Comment pourra-ton retrouver l’espoir et l’énergie d’une « nouvelle révolte » ?

Bruno :

On n’a pas parlé de la répression, elle est devenue facile avec les moyens de contrôle informatiques. On ne s’est pas demandé non plus pourquoi l’homme se résigne si facilement. Peut-être est-ce parce qu’il sait que la mort est son lot. L’homme est conscient qu’il mourra un jour,mais on peut vouloir mourir debout.



Quelques maximes avant de se quitter :



-Chacun sait qu’il est mortel mais il n’y croit pas, pas plus qu’il ne croit qu’il tombera un jour dans la misère. (Joëlle)

-Il n’y a qu’un rêve : la révolution. (Dimitri).

-Aimer vivre, c’est déjà se révolter et ne pas accepter la soumission ( ?)

-Après toutes les révolution qui n’ont pas marché, il en reste une : la bouffe. (Michel)
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